Le gagne petit (partII)

Publié le par Clemz

Le gagne petit

Pied nu sur le bitume

Ramasse les croûtes

Le nez au plancher

Ça brouille la vue

Du béton

Comme seul horizon

De toute façon

Voilà longtemps

Qu’elle est plus là

Sa vision

Elle s’est barrée

Avec l’espoir

Allez hop

Main dans la main

Elle s’est cassée

Pour le laisser

Là tout seul

Avec ses miettes

Maintenant que tout est gris

Y’a plus à s’en faire

Toujours pareil

Le dos courbé

Il cherche en vain

Un brin d’herbe

Un souvenir d’enfance

Une lettre anonyme

Le robinet du temps

Fuit sur le plancher

Personne n’est là

Pour colmater la fuite

De toute façon

Tout l’monde s’en fout

De la fuite du temps

Ils vont tous

Un à un

Le dos courbés

De toute façon

Tout l’monde s’en fout

Les lunettes bétonnées

Cache bien la vue

Et la vue

Qu’est-ce qu’on en a à foutre?

Voir le bitume

Voir le néant

Autant ne rien voir

Écrasé sous des millions de solidarités anonymes

Rien pour le gagne petit

Seul le droit de vote est permis

Car on sait bien

Que cela ne donne rien

La condescendance urbaine

Est bien de mise

L’hypocrisie bienséante

Vaut mieux que la vérité

De toute façon

Avec son dos voûté

Par le poids de la journée

Aucune possibilité

De rébellion instantanée

Pas de crise

Pas de larme

L’esprit anesthésié

Cathodisé

Tout se défile dans sa tête

Le câble bien branché

Une samba bien arrosée

Demain plus rien

Quoi d’neuf au supermarché?

Un autre cinglé

S’est fait explosé

Le sommeil trop agité

Probable, probable

Ne pas trop réfléchir

Qu’ils nous enseignaient

À l’école

Fléchir c’est la survie

Réfléchir, réaction

Le gagne petit

Continue sa route

De grenaille en grenaille

De graine en graine

Il cultive sa haine

Mais pas de danger mes bons amis

Nous ne leur fournissons pas

Les bons nutriments

Disait le bon ministre

Afin de rassurer la solidarité organisée

Ainsi le cordonnier du temps

Fil le temps

Le gagne petit

Devient baloney

Vulgaire saucisson

De bas étage

On le vend en gros paquet

Ou bien en tranche

À rabais

Madame petit

Monsieur petit

Votre contribution

N’a pas d’égal

Sans vous

Que serait notre société

Vous êtes le moteur

Vous êtes la force

Ce soir c’est votre fête

À vous

Cher con-citoyens

Cher con-tribuable

Cher con tout court

Pourquoi tant de rides sur votre visage?

Ne vivez –vous donc pas

Dans un des meilleurs système au monde

Un système qui s’occupe de vous

Un système qui réfléchit pour vous

Un système qui a besoin de vous

Quoi d’neuf au journal télévisé?

Encore une bande d’allumés

Qui se sont enflammés

Brutalisé par le réveil

Probable, probable

Vois-tu mon fils

Mieux vaut dormir que mourir

De bon matin

Le gagne petit

Le dos courbé

S’en va au c’hmin

Gagner son pain

Publié dans oto-libera

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